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Togo : ces piliers sur lesquels Faure Gnassingbé s’appuie dans le Nord

Togo : ces piliers sur lesquels Faure Gnassingbé s’appuie dans le Nord

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Bastion historique du pouvoir togolais, le Nord est tenu par un réseau discret de relais locaux. De Kara aux Savanes, le président du Conseil s’appuie sur ces personnalités, parfois discrètes, toujours influentes.

Le nord du Togo est, depuis que Gnassingbé Eyadéma a pris les rênes du pays, à la fin des années 1960, considéré comme l’un des bastions du pouvoir. Un socle politique sur lequel son fils et successeur, Faure Essozimna Gnassingbé, s’appuie également très largement. Au fil des décennies, en dépit des crises qui ont pu jalonner l’histoire politique du pays, le parti au pouvoir y a toujours réalisé des scores électoraux écrasants. Au cœur de cette fidélité apparente qui semble ne jamais devoir faillir, outre l’héritage historique et familial, se trouve un vaste réseau de relais locaux dont l’influence repose aussi bien sur leur proximité avec le centre du pouvoir que sur leur capacité à distribuer des faveurs.

Parmi les personnalités sur lesquelles le président du Conseil s’appuie dans ce fief du septentrion togolais, certains noms se distinguent particulièrement. Grâce Prénam Houzou- Mouzou, médecin lieutenante-colonelle qui, à 43 ans, est la première femme à diriger l’université de Kara. Le 21 juillet 2025, lorsque Faure Gnassingbé s’est rendu en pays Kabyé pour constater l’avancement des travaux du CHU de Kara, c’est elle qui l’a accompagné tout au long de cette rare apparition publique dans la région du chef de l’État.

Le président du Conseil, sous la pression de la contestation portée par le Mouvement du 6-Juin, le M66, voulait alors mettre la lumière sur ce « symbole concret de la transformation en cours du système de santé togolais ». Le projet, confié à la société française Ellipse Project pour un coût total de 34 milliards de F CFA (51,8 millions d’euros), prévoit notamment le renforcement du plateau technique et l’augmentation des capacités d’accueil de l’hôpital.

Nouvelles élites et chefs locaux: de Houzou-Mouzou à Bébéssiki

Ce jour-là, l’omniprésence de Grâce Prénam Houzou-Mouzou aux côtés de Faure Gnassingbé est loin d’être passée inaperçue. À Kara, beaucoup y ont vu la confirmation de l’influence grandissante de la quadragénaire originaire de Pya, le village natal de Faure Gnassingbé. « C’est l’une des personnes clés et par qui il faut passer si l’on veut espérer avoir accès au président du Conseil »,confie un cadre local de l’Union pour la République (Unir), le parti au pouvoir. Fille et épouse de colonel, elle a un solide réseau au sein de l’appareil sécuritaire. Celle que ses étudiants surnomment « La Madré », bénéficie en outre d’une forte réputation dans les milieux universitaires, mais aussi auprès des associations de femmes. Deux univers au sein desquels elle dispose d’une forte capacité de mobilisation.

Mais l’ancrage du pouvoir dans le Nord ne repose pas uniquement sur les élites administratives et militaires. Les autorités traditionnelles continuent, elles aussi, de jouer un rôle central dans les équilibres politiques. Dès la période de la lutte pour l’indépendance, des autorités coutumières septentrionales s’étaient déjà engagées à travers l’Union des chefs et des populations du Nord (UCPN), considérée comme proche des mouvements dont est issu le pouvoir actuel.

Cette proximité entre les chefferies et le sommet de l’État

s’incarne notamment dans la figure d’Adom Assima. Chef du canton de Djamdè, cet ancien contrôleur des douanes a été en poste à Kpékplémé, à la frontière béninoise, avant d’être affecté au Port autonome de Lomé. Un parcours qui lui a permis de tisser des liens solides dans les milieux administratifs, économiques et politiques de la capitale. Aussi fortuné que discret, il cultive depuis plusieurs années une proximité assumée avec les cercles du pouvoir. En 2025, il a même été fait officier de l’ordre du Mono, signe de la reconnaissance d’une fidélité ancienne. « C’est une personnalité qui influence beaucoup les choix politiques dans la région », assure un élu local sous le couvert de l’anonymat.

Des hommes d’affaires locaux contribuent aussi, de façon souvent plus discrète, à l’enracinement du pouvoir sur le plan local. Adrien Bébéssiki est de ceux-là. Ex-directeur de l’Hôtel Kara, qui a fait ensuite carrière au sein de la direction de la Société nouvelle des phosphates du Togo (SNPT) et compte parmi les principaux actionnaires de NSIA Groupe, il est revenu dans la région à l’heure de la retraite, s’installant dans son village d’Atchangbadè d’où il continue de peser sur la vie politique locale. Peu exposé publiquement, mais fort d’un solide réseau, notamment construit via la franc-maçonnerie, il est de ces personnalités capables de peser discrètement sur certaines nominations, arbitrages ou choix stratégiques.

Dans les Savanes, l’héritage d’Eyadéma

Si la Kara reste le cœur historique du système, l’emprise du pouvoir dans le Nord s’étend jusque dans les Savanes. Des militaires aux sécurocrates proches des services de renseignements aux « historiques », fidèles hérités de l’ère Eyadéma, plusieurs personnalités se font les relais locaux du pouvoir. L’un des plus emblématiques est Barry Moussa Barqué.

À 83 ans, présent dans les coulisses de l’État depuis près d’un demi-siècle, il a traversé les époques sans jamais perdre son influence. Ministre pendant près de vingt ans, il a été conseiller spécial d’Eyadéma de 1999 à 2005, il a repris le même poste auprès de Faure Gassingbé en 2009, après quelques années de relatif retrait. Élu président du Sénat en 2025, il reste, depuis Lomé où il vit désormais, « celui qui fait et défait les carrières des cadres dans les Savanes », assure l’un de ses proches.

Autre incontournable, le général Yark Damehane, originaire de la préfecture de Tandjoaré. Dans la région des Savanes, le nom de cet officier suscite respect et considération, y compris au sein d’une partie de l’opposition. Après avoir dirigé la gendarmerie, et tenu le ministère de la Sécurité et de la Protection civile pendant plus d’une décennie, il a été nommé directeur de cabinet du président du Conseil en octobre 2025.

Incontournable dans les couloirs du pouvoir à Lomé, ce musulman pieux s’emploie à entretenir l’image de généreux mécènes, tant lors des moments importants de la vie communautaire que lorsqu’il est sollicité par des familles dans le besoin. Une influence sociale qui vient renforcer encore un peu plus le poids politique dont il dispose déjà dans une région devenue stratégique en raison des défis sécuritaires liés à la menace jihadiste.

Par Jeune Afrique

Publié le 10 juin 2026